La restauration du marais de l'Anglade

Le marais de l’Anglade, 90ha de marais tourbeux alcalin, est inondé 10 mois sur 12. Il constitue l’un des plus importants et originaux foyers de biodiversité du site Natura 2000 « Moyenne vallée de la Charente, des Seugnes et du Coran » dont la LPO est animatrice depuis 1996 :

  • en terme de végétation (70ha d’un seul tenant de cladiaie tourbeuse alcaline, habitat prioritaire de l’annexe 1 de la DHFF),
  • de flore (plusieurs espèces protégées en France et inscrites au livre rouge national),
  • et de faune (Vison, Loutre, passereaux paludicoles…).

Son pourtour est boisé : zone tampon idéale (fréquentation humaine, épuration des eaux...), et lieu de refuge pour d’autres espèces telles la Rosalie des Alpes.
Mais 60 ans d’abandon ont accéléré la dynamique végétale : la densité croissante du marisque, devenu dominant, élimine les espèces fragiles et rares : Euphorbe des marais, Gratiole officinale, Orchidée palustre... . L’Anglade se boise lentement et se banalise, ressemblant désormais à un impénétrable mur de végétation aux feuilles coupantes comme une lame de rasoir, phénomène accentué par les prélèvements d'eau agricoles alentour et la baisse du niveau de la nappe.

Teucrium scordium, l'une des espèces emblématiques du marais de l'Anglade, fleurit en septembre : des milliers de pieds oont recolonisé certaines des parties restaurées en 2009 (photo : E. Champion, sept 2010)

En 2009, grâce à 10 ans d’un obstiné travail local de persuasion, la LPO a convaincu 3 propriétaires de s’engager : un agriculteur qui a confié la gestion de ses parcelles à la LPO, la commune de Les Gonds et la Fédération des pêcheurs de Charente-Maritime, ont signé un Contrat Natura 2000 : réduire par fauche la densité du marisque, enlever les ligneux (saules, bourdaines, frênes), puis recréer un entretien calqué sur les usages anciens.
Le chantier de restauration 2009 fut un travail manuel colossal confié à trois entreprises locales : un géomètre pour retrouver les parcelles (quelques mètres de large sur parfois 1km de long, perdues au cœur du marais) ; une entreprise d’insertion (débroussaillage, fauche) ; un débardeur à cheval pour l’enlèvement des ligneux (pas de pénétration d’engins pour respecter la fragilité des sols).
Les marisques fauchés ont été laissés sur place : la couche de paille ainsi créée a permis de réduire l’impact de la circulation des hommes et des chevaux sur les sols. Les années suivantes, ils seront bottelés, transportés en charrette à traction animale, et valorisés par compostage. La recréation d’une « loge » à l’ancienne, dans le cadre d’une fête villageoise, a été évoquée avec la commune.
Les saules et frênes ont été réduits en plaquettes. La qualité ne permettant pas une valorisation en bois énergie, le choix s’est posté sur le compostage, le paillage des cultures (mulching à l’étude pour 2010). La bourdaine (1 tonne) a fait l’objet d’essais de valorisation en teinture végétale par le CRITT Horticole de Rochefort : les tests en laboratoire (coloris cannelle rare, excellente résistance aux UV…) permettraient même une utilisation en ameublement et une commercialisation. En 2010-11, le Lycée Technique Jamain de Rochefort sur Mer travaille à des créations vestimentaires uniques. L’originalité de cette opération, conciliant restauration biologique et valorisation économique des produits récoltés, sera aussi valorisée lors du symposium international «  teintures végétales », organisé par le CRITT en 2011, et un film de l’opération va être réalisé en 2010.

Au 31-12-2009, sur 68,6 ha de Cladiaie turficole sous divers faciès (Terrisse, LPO 2009), 11,40 ha sont sous contrat et 8,77 ha déjà restaurés. Un suivi de la végétation a été mis en place pour mesurer les résultats biologiques. Le projet a fait boule de neige : en 2010, un autre agriculteur confiera 2,77 ha à la LPO, et une dizaine de propriétaires souhaitent vendre au CREN Poitou-Charentes qui en confiera la gestion à la LPO par le biais d’un contrat Natura 2000 dès 2011. Notons également un projet de Charte Natura 2000 avec RTE pour l’entretien de la végétation sous la ligne THT qui traverse le marais.


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Revivez la première phase de restauration 2009

Vue du ciel, une excroissance verte, en forme de goutte, contre la rivière Seugne : "poche" de tourbe sur un ancien, très ancien, méandre de la Seugne, inondée chaque année jusqu'à mi-juillet.

Vue du sol, 80ha de marais tourbeux abandonné, désormais envahi par la "rouche", une cypéracée très dynamique dans les parcelles marécageuses abandonnées, et par les saules, les bourdaines, les jeunes frênes. Depuis 30 ans, avec les mutations agricoles, les paysans ont délaissé ce marais où les "anciens" récoltaient autrefois la "rouche" : les bottes de tiges servaient à faire des appentis, des toitures de cabanons, d'écuries, d'ateliers, de la litière pour les bêtes en hiver...

La dynamique végétale naturelle a donc repris le dessus : Le marisque (localement appelé "rouche"), une plante herbacée atteignant 2m de haut, est devenu la plante dominante. Sa densité est telle que son système racinaire élimine les espèces plus petites, plus fragiles... et aussi plus rares : Euphorbe des marais, Gratiole officinale, Gesse des marais, Orchidée palustre... sont en régression, "étouffées".

Plus récemment, le phénomène s'est aussi accentué par les prélèvements d'eau et la baisse du niveau de la nappe : les arbustes - saules, bourdaines - se sont mis de la partie : ils colonisent maintenant le marais, qui se boise lentement. De jeunes frênes font leur apparition.

Si rien n'est fait, la végétation évoluera vers un boisement de frênes, le stade ultime de la végétation dans ce type de marais.

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Comment stopper la dynamique végétale ?

Tout simplement, en refaisant ce que faisaient les anciens : une fauche périodique de la végétation. Cette fauche bloque l'évolution de la végétation : elle empêche les arbustes et arbres de s'installer. Elle est défavorable au marisque, dont la densité va donc régresser, et elle favorise les plantes actuellement en difficulté.

 

Faucher périodiquement (une fois tous les 2 ou 3 ans) permettra de favoriser les espèces végétales plus fragiles qui tendent à disparaître, telles que l'Euphorbe des marais au 1er plan (photo : E. Champion, LPO)

 

Pas si simple...

Question végétation, il faut avant tout débroussailler : enlever les arbustes et les ligneux, avant de pouvoir faucher à nouveau, tous les 2 ou 3 ans (comme autrefois). Ce sera le travail d'une équipe spécialisée (entreprise locale).

Il faut aussi tenir compte de la faible portance des sols tourbeux gorgés d'eau : pas question de passer avec un tracteur moderne, bien trop lourd. Il faut du matériel spécialisé (léger, pneus basse pression...), des bras, et... des chevaux de débardage !

Question technique, il faut avant tout... retrouver les propriétaires des presque 300 parcelles du marais, dont la plupart ont disparu... ou ne se savent même pas propriétaires de ces "lanières" de 500m de long et souvent 4 ou 5m de large seulement !

Il faut ensuite... retrouver les parcelles ! Un vrai travail de géomètre...

Retrouver les parcelles sous une végétation de 2m de haut : un vrai travail de géomètre... (photo : E. Champion, LPO)

 

Les 3 pionniers de la restauration : un propriétaire, la commune des Gonds, et la Fédération des pêcheurs de Charente Maritime

En décembre 2007, la LPO animatrice du Docob, était contactée par un propriétaire : "j'ai 5 parcelles, héritées de mon père. Je ne voudrais pas qu'elles se perdent, mais je ne peux pas m'en occuper, et je sais qu'elles ont de la valeur". Non pas financière, mais Biologique : ce marais de l'Anglade est un vrai joyau. Il héberge une quantité de plantes, d'animaux (Vison d'Europe, Loutre, frayère de brochets...), d'oiseaux (Locustelle lucinioide...) rares et menacées de disparition sur le territoire européen. Cet habitant des Gonds le sait. Il ne veut pas que ça se perde.

 

Ce fut l'impulsion qu'il fallait !

En moins d'un an, un premier projet cohérent a pu être monté :  coordonnés et assistés par la LPO animatrice du Docob, le propriétaire, la Fédération de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Charente-Maritime (également propriétaire de plusieurs parcelles dans ce marais, acquises sur des financements Natura 2000), et la commune de Les Gonds, ont, chacun, signé un Contrat Natura 2000.

Grâce à ce contrat (5 ans), les travaux de restauration puis d'entretien sont pris en charge à 100%. Le propriétaire bénéficie en outre d'une exonération de la part communale de la TFNB (Taxe sur le Foncier non Bâti). Et la LPO animatrice, se charge de coordonner le travail de l'entreprise, du suivi des chantiers, et du travail préalable de repérage des parcelles dans le marais avec un géomètre.

                      

20 août : La première phase de restauration de 7 ha du marais de l'Anglade, a commencé le 20 août.

Le jeudi 20, à 9h du matin, la LPO coordinatrice du projet, deux géomètres (SCP Mechain) et une équipe de 5 ouvriers en insertion (SIE Vals de Saintonge) commençaient les travaux préparatoires à la restauration du marais de l'Anglade.

 

Grâce à une météo clémente (un agréable couvert nuageux), les équipes ont ainsi pu commencer à rouvrir des "passages d'homme" le long du tracé supposé de l'ancien chemin communal. Le but : permettre aux géomètres d'y accéder pour relever sur le terrain les coordonnées géographiques à partir desquelles, il sera possible de déterminer les angles des parcelles à restaurer. De hauts piquets y seront disposés pour donner aux équipes chargées du travail de débroussaillage, les points de repère dont elles ont besoin.

 

Premier travail : ouvrir un passage pour que les géomètres puissent localiser les angles des parcelles à restaurer

 

Avant le passage de l'entreprise : un mur de végétation : les "rouches" ont uniformément colonisé le marais, abandonné depuis presque 40 ans. Puis les saules et les bourdaines (à gauche) se sont installés.

 

Le 25 août : on a retrouvé les angles du chemin !

Après quelques tatonnements (imaginez 80ha d'un seul tenant, occupés par une végétation dense et coupante de 2,5m de haut...), les points de repère principaux sont posés !

Pas facile de se repérer !!!

(il y a 2 personnes sur cette image...)

 

Mais avec de la persévérance... et beaucoup de sueur...

 

On finit par y arriver !

 

Les propriétaires des parcelles riveraines des entrées du chemin étaient invités pour ce piquetage de repérage. Ceux qui ont pu se libérer sont venus... et certains ont découvert que leur parcelle  faisaient le double de la longueur qu'ils croyaient connaître !

 

27 août : état initial floristique

Tandis que l'ancien chemin rural réapparaît au fur et à mesure du débroussaillage, Jean Terrisse, spécialiste de la végétation, vient effectuer plusieurs transects de relevés floristiques et phytocosiologiques sur les parcelles à restaurer : c'est un état initial de référence. Reconduit année après année, ce suivi permettra de mesurer la rapidité avec laquelle la végétation retrouvera son "bon état de conservation" : réduction de la densité des "rouches" (Cladium mariscus), recolonisation très attendue des plantes les plus fragiles qui sont en train de disparaître, et peut-être (qui sait ?) réapparition de certaines espèces déjà disparues...

(lire le rapport)

 

Grâce au travail des équipes depuis le 20 août, les parcelles qui vont être restaurées en 2009 sont enfin accessibles. Jean Terrisse en réalise l'état initial floristique  : on le distingue à peine dans la végétation, plus haute que lui (photo : E. Champion, LPO)

 

Outre la "rouche", il faut aussi éliminer les arbustes (saule roux, bourdaine...) qui se sont installés. Une fois coupés, ils sont disposés en tas réguliers, tous dans le même sens, afin que les chevaux de débardage qui viendront en fin de chantier puissent les tirer aisément. (photo : E. Champion, LPO)

 

09 septembre : les 2 équipes du chemin se sont rejointes !

Enfin ! En fin de matinée, le 09 septembre, la liaison est établie entre l'équipe "nord" (partie de B sur la carte) et l'équipe "sud" (partie de C) !

 

  

Les derniers 20m avant la liaison

 

Afin de ne pas accroître la fréquentation humaine dans le marais (qui serait très dommageable à plusieurs espèces animales farouches qui l'habitent), seule 1 des 6 entrées du chemin est "ouverte" :  les 5 autres aboutissent volontairement en cul-de-sac sur des zones infranchissables.

 

 

Au nord du marais (autour de B), les parcelles à restaurer, appartenant à la Fédération Départementale de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques, sont presque entièrement débroussaillées ; le chantier se déplacera donc bientôt vers le sud du marais où d'autres parcelles attendent leur tour...

  

    Parcelle presque terminée                       Parcelle en cours de délimitation physique

                                                                  pour se repérer, on crée un "passage

                                                                    d'homme" aux limites de la parcelle

 

Prochainement, les opérations de débardage à cheval débuteront  : il faut désormais sortir du marais les saules et bourdaines coupés, avant qu'ils ne soient broyés et transformés en paillage végétal (réduction des besoins en arrosage des parcelles agricoles ou de massifs fleuris dans la commune...) ou en compost.

Les débroussailleurs "nettoient" la base des "bouillées" de saules. Elles seront tronçonnées au ras du sol au dernier moment, entourées d'une corde, et emportées par le cheval de débardage .

15 septembre : le "nord" est fini, les équipes démarrent au sud

En fin de semaine dernière, la restauration des parcelles au nord du marais se terminait. Les équipes se sont donc déplacées vers le sud. Le géomètre poursuit sa mission d'assistance : chaque semaine, il revient jalonner les parcelles au GPS au fur et à mesure des avancées pour guider la progression du chantier.

 

Une des parcelle "nord" terminée après vérification finale des contours par le géomètre : un travail au cemtimètre

 

L'une des parcelles "sud" : terminée en 2 jours !

 

L'entreprise travaille aussi activement à rechercher un matériel toujours mieux adapté à ce type de travaux : pour limiter l'utilisation des débroussailleuses à main (bruyantes) et réduire la durée des travaux de restauration 2010 (nouvelles parcelles sous contrat), divers modèles de micro-tracteurs ultra-légers équipés de pneus basse pression spécifiquement adaptés à ces sols fragiles sont en cours d'essais : mais la "rouche" se défend, les matériels testés pour le moment y ont "perdu leur latin"...

Les partenaires du projet travaillent également sur la question de la valorisation des matériaux broyés et fauchés. Deux débouchés ont été trouvés :

- valorisation des végétaux broyés dans l'aghriculture raisonnée : paillage des cultures de maïs pour réduire les besoins en arrosage notamment. Des premiers tests conduits avec des agriculteurs volontaires et la Chambre d'Agriculture en 2009 ont été concluants

- récupération sélective des bourdaines et utilisation en teinture végétale naturelle : un test grandeur nature va être réalisé par le CRITT Horticole de Rochefort sur Mer sur l'utilisation de la totalité de la plante ! Correctement préparée, les baies mures donnent une teinture bleu-violet, tandis que les baies avant maturité donnent un jaune brillant autrefois très prisé.

17 septembre : visite de l'Agence de l'Eau et des techniciens rivière du Poitou-Charentes

Le 17 septembre, les techniciens-rivière du Poitou-Charentes et l'Agence de l'Eau sont venus voir comment développer un projet de restauration multipartenarial, dans le cadre d'une session de formation organisée par l'Agence de l'Eau Adour-Garonne.

 

18 septembre : "Orateur" vient tracter les saules hors du marais

Une longue tâche commence aujourd'hui : Orateur, le superbe percheron blanc de Manu (Emmanuel Davignon - 12 rue des chateliers - 86 600 LUSIGNAN, mail orateur86@aol.com), tracte inlassablement des charetées de saules et de bourdaines. Une tâche aisée comparée au débardage de troncs de peupliers gorgés d'eau entrepris hier dans le cadre du chantier "Seugne" mené avec la CDC du Pays Santon.

Disposés en tas à l'entrée du marais, saules, bourdaines et jeunes frênes seront ensuite broyés et utilisés en paillage de cultures (réduction des besoins d'irrigation). Si le tri sélectif des bourdaines s'avère possible, celles-ci seront transformées en teinture végétale.

 

Orateur à l'oeuvre. En une journée de travail, presque 1 hectare a ainsi été évacué et disposé en tas, prêt à être broyé (photo de droite, à gauche).

 

Du 21 au 25 septembre, Kaline et Orateur tractent sans relâche

Une semaine de travail non-stop a commencé hier pour ces deux chevaux ultra puissants qui ont déjà dégagé presque 2 hectares en 3 jours de travail. Sous la conduite experte de Manu, la jument Kâline emporte l'un après l'autre les arbres au fur et à mesure qu'ils sont tronçonnés.

A l'autre bout de la parcelle, la femme de Manu guide l'étalon Orateur, un percheron tout en muscles qui tracte inlassablement les charettes d'arbres chargées et déchargées par les équipes du SIE Val de Saintonge.

 

En Vidéo, Orateur et Kaline à l'oeuvre : cliquez sur les photos

  

 

Dernière ligne droite pour l'équipe de débroussaillage, ainsi que pour Manu, Isabelle, Bruno, Jean-Baptiste et leurs 3 chevaux Orateur, Kaline et Samba...

La dernière ligne droite a commencé pour les débroussailleurs et les débardeurs. Le travail débute désormais dans un petit jour frisquet et parfois brumeux : régal d'automne.

 

 

L'achat d'un micro-tracteur a permis d'accélérer les travaux  : ce Kubota de 40CV pèse moins de 900 kg (moins qu'un cheval de trait). Spécialement équipé de pneus basse pression "spécial gazon", il n'a aucun impact négatif sur le sol de tourbe fragile : ni tassement ni création d'ornières. Le matériel idéal ! Sa puissance lui permet de faucher sans effort marisques et roseaux, ce que tous les autres matériels testés depuis le 20 août n'ont pas réussi à faire.

Les débroussailleurs se concentrent désormais sur les finitions et le tronçonnage des broussailles, suivis de près par l'équipe de débardage.

Depuis le 28 septembre, 3 chevaux se relaient, ce qui permet à l'un d'eux de se reposer pendant que les 2 autres travaillent : pour les chevaux comme pour les hommes, ce chantier aura été une longue épreuve physique d'endurance.

A gauche, le microtracteur Kubota. A droite, en vidéo, les 3 chevaux - Orateur l'étalon et les 2 juments Kaline et Samba. Cliquez sur la photo.

 

 

 

07 octobre : jour J-8...

Le chantier s'achève lentement : il ne reste au maximum que 8 jours de travail pour cette année 2009 : 2 ou 3 jours pour les équipes de débroussaillage qui ont presque terminé leur part et réalisent désormais les finitions ; 8 jours pour les équipes de débardage qui doivent impérativement évacuer toutes les coupes avant l'hiver (en repoussant, les "rouches" s'emmêleraient dans les branchages, rendant impossible une évacuation différée). Trois zones de stockage temporaire ont été organisées, en attendant la phase finale de broyage qui aura lieu dès que le broyeur à bois de l'entreprise sera réparé.

A gauche, une des plus grandes parcelles terminée : 500 m de long, presque 40m de large... L'année prochaine, les "rouches" auront repoussé, mais leur densité sera moindre : cette restauration et l'entretien périodique qui suivra, permettra aux espèces végétales plus fragiles et plus rares, de commencer à recoloniser la parcelle.

 

A droite, Kaline et Isabelle suivies par Samba et Jean-Baptiste, emportent "bouillée" après "bouillée". Le parcours entre le départ et l'aire de stockage atteint en ce moment 800m aller-retour ! Autant dire que chacun et chacune est totalement fourbu quand vient, enfin, le soir...

 

Et pour 2010 ?

Les parcelles restaurées cette année entreront dans leur phase d'entretien (fauche). D'autres parcelles seront restaurées : de nombreux propriétaires de parcelles riveraines ont fait connaître leur souhait de participer et de permettre la restauration de leurs parcelles.

Le Lycée Agricole Georges Desclaudes de Saintes a découvert être propriétaire d'une parcelle dans ce marais, et réfléchit à la meilleure manière de participer, avec les élèves, au projet de restauration. Elèves et enseignants sont venus prendre un premier contact avec cet espace prestigieux.

 

 

20 août-20 octobre : cette aventure biologique et humaine aura duré 2 mois

Le chantier sera terminé demain : depuis ce matin, les chevaux tirent les dernières "chaînées" de branchages et déjà, sur les parcelles fauchées en début de chantier, la végétation a commencé à repousser malgré l'extrême sécheresse de cette année 2009. Une sécheresse que les équipes ont pourtant béni, puisqu'elle a permis au chantier de se terminer en dépit des retards occasionnés par la difficulté du travail.

Aujourd'hui, le pot de clôture du chantier s'est tenu sous un ciel grisonnant : les premières pluies sont annoncées ce soir par la météo... Les presque 40 personnes de l'équipe du SIE Val de Saintonge, leur directeur (Alain Séris) et leur chef de Chantier principal (François Barbin), les 5 débardeurs emmenés par Manu et Isabelle (Emmanuel Davignon, 86000 Lusignan, mail orateur86@aol.com), Eric et Mickaël du cabinet de géomètre Méchain,  les représentants des 3 propriétaires pionniers (commune de Les Gonds, Fédération de pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de Charente-Maritime, et Bernard R. propriétaire privé), et la coordinatrice du chantier (Emmanuelle Champion, LPO) ont pris un pot de l'amitié au son du violon d'Isabelle.

 

A l'année Prochaine pour un nouvel épisode !

 

 

 

Dernières "chaînées" emportées par les chevaux vers les aires de stockage où, bien rangés, les branchages attendront l'arrivée du broyeur.

 

 

 

2010 : quand la Bourdaine se transforme en teinture végétale...

La bourdaine, petit arbuste à baies bleues qui se développe dans les marais abandonnés, fait partie des 3 espèces végétales arbustives qui ont été coupées lors des opérations de restauration par débroussaillage du marais de l'Anglade : pratiquement 1 tonne de bourdaine a ainsi été sortie du marais.

Or, la bourdaine était autrefois utilisée en teinture végétale... L'ensemble de la récolte de l'Anglade a donc été donnée au CRITT Horticole de Rochefort sur Mer, dans le cadre d'un programme plus large sur les teintures végétales naturelles.

Les résultats sont époustoufflants : la teinture obtenue est non seulement superbe, mais elle est aussi stable aux UV, ce qui la rend propice à une utilisation en tissu d'ameublement. L'expérience sera donc reconduite chaque année : la bourdaine évacuée du marais de l'Anglade pourra être valorisée plutôt que destinée au compostage !

             AVANT....                                                   APRES !

   

 

Echantillons de soie naturelle teintée.

La teinte cannelle (au centre) est une teinte rarement obtenue en teinture végétale naturelle.

 

La suite de l'expérimentation bourdaine / teinture végétale est un projet scolaire confié au Lycée Jamain de Rochefort sur Mer : les étudiants vont bénéficier de tissu teinté avec la bourdaine de l'Anglade pour créer leurs vêtements de mode de l'année !